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L'EDITO DE CHRAZ
Ceux d'entre vous qui ont tenté de traverser Cournon cet été ont pu remarquer deux choses : les ouvriers se sont dépêchés de terminer le nouveau Crédit Agricole, et l'Avenue de la République était bloquée pour cause de travaux. Tout ça est de notre faute, et on voudrait s'en excuser. Nous, l'ancien Crédit Agricole nous suffisait, on voulait juste qu'ils agrandissent leur sous sol pour pouvoir entreposer notre argent. Quant au tunnel qui le relie à la Baie, on leur avait demandé d'en faire un direct, qui passe sous le 6bis, tout simplement, histoire de transférer nos lingots sans être obligé de marcher dans la rue, avec tous les risques que ça comporte, et surtout de ne plus avoir à étaler tout cet or sous le nez des malheureux, comme on le fait depuis 1997. Mais vous savez comment sont les banquiers, surtout quand les sommes sont aussi énormes et qu'ils n'ont plus beaucoup de gros clients : obsédés par la sécurité, et aussi un peu frimeurs, il faut bien le dire. Alors ils ont refait leur (ou plutôt « notre ») succursale en pierre blanche, et ils ont tenu à ce que le tunnel passe sous chez notre voisin préféré et fasse un détour en zigzag jusqu'au garage Renault pour brouiller les pistes en cas d'attaque du genre « Casse de Nice ». A la demande de la commission de sécurité, il a donc fallu faire venir les tunneliers qui avaient bossé sous la Manche, puis couler une dalle en acier de 2m d'épaisseur, installer un réseau de caméras de surveillance et d'alimentation en air frais à 900 m3/s, créer 18 abris pressurisés (un tous les 50 mètres) et des niches de sécurité (une tous les 10 mètres). Bref, je ne vous dis pas le bazar, et quand tout ça a été terminé, l'architecte a dû avaler les plans et accepter de se faire laver le cerveau. Mais bon, maintenant ça y est, on a pu commencer à transporter tout ce fric qui encombrait nos couloirs, sous la surveillance des deux policiers en armes qui font les cent pas d'un bout à l'autre toutes les 20 minutes, et il était temps parce qu'on ne savait plus ou poser les pieds. Comme il n'y a pas encore assez de place dans les coffres de la banque, on a provisoirement abandonné notre activité restauration chaude pour pouvoir stocker les cartons de titres et d'obligations dans la cuisine. Tant pis, on fera des assiettes froides de haute qualité, avec traiteur sur commande (personnellement, je milite pour les hot-dogs et les frites, mais vu la haute technicité de la chose, c'est en cours d'étude) et on espère tenir encore quelques années comme ça, parce que si on venait à disparaître, c'est toute l'économie de la région qui s'écroulerait avec nous, et ce serait dommage. Sinon, à part ces petits soucis d'argent, ça va. Philippe a concocté une programmation digne d'une scène nationale, comme d'habitude, tout le monde est sur les starting-blocks, et sauf élévation brutale du niveau de l'Allier, fin octobre on devrait pouvoir dépenser une petite partie de notre fortune dans la charcuterie, le gros rouge et la liesse générale.
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