Salle de spectacles pluri-IN-dsciplinaire gérée par L'APIRE, association loi 1901

L’EDITO DE CHRAZ

Oyez oyez, heureux contribuables,

C’est chouette d’être des happy few ! On peut rire gaiement du miracle quotidien de vivre en Auvergne, ce paradis de la culture animé par les derniers homo sapiens-sapiens libres du monde, doublement sages et conscients de ce privilège, et pleurer sur le sort schizophrène des malheureux écriveurs d’éditos habitant dans les autres régions et n’ayant pas cette chance. Car il n’y a que chez nous que l’éditorialiste de café-théâtre – comme le journaliste de la Galipote – peut se lâcher sans aucun risque de se faire de puissants ennemis. Eh oui, l’Auvergne est le dernier bastion où chacun est libre et heureux à sa place, contrairement au reste des gaulois de la France occupée qui souffrent de l’individualisme galopant, aucun autre endroit n’offre à ses citoyens autant d’égalité, de fraternité et d’amour de son prochain. Ici, quand nos responsables politiques ou culturels à la carte bleue facile regardent avec délectation leur parcours exemplaire dans une glace et voient leur nombril si bien dégagé, ils saluent leurs qualités personnelles incontestables mais remercient également l’auriculaire des petites mains de la France d’en bas ayant curé cet élément non négligeable de leur personnalité autour duquel leur talent tourne modestement en orbite.

Il n’y a qu’ici que nos élus admirables – de droite décomplexée comme de gauche compatible – distribuent leurs subventions en priorité aux vaillants défricheurs de spectacles comme les babouins de la Baie des Singes, et ça, euh… et ben c’est beau, d’aider les petits lieux à remplir leur rôle de pouponnière en nourrissant au sein les futurs décideurs comme les futures vedettes, quitte à se faire un peu mordiller les tétons par de petits monstres trop pressés d’accéder à la confortable France d’en haut dont ils rêvent.

Alors, frères ploucs, rions d’habiter le dernier territoire où les petits artistes devenus grands et les huiles essentielles pressées à froid qui nous lubrifient les roulements se souviennent encore de leur taille initiale !